Récit d'une aventure "ELLE L'AIMAIT, LUI PEUT-ETRE ?"
Paris (France)
Vendredi 20 juin 2003
Nous avons reçu, il y a quelques années, un courrier qui était adressé
à notre rédaction. L’auteur de ce dernier souhaitait que nous le publiions
intégralement afin de dénoncer les méthodes employées par celui dont
elle pensait que l’amour était réciproque. Après un débat au sein de
notre rédaction et quelques années, nous publions le texte reçu in extenso.
Nous avons évité toute analyse afin de ne pas influencer la vôtre. Nous
nous sommes seulement permis de modifier les prénoms, les dates et les
villes afin de préserver la confidentialité des acteurs.
« Février 99 Maison d’arrêt ; un nouveau stage commence, 14 stagiaires,
dont un Yvan, 1 instituteur, 2 formateurs, dont une Jeanne. Travail
sérieux et solide ; attirance nette, marquée et réciproque de Yvan et
Jeanne. Personne ne dit rien, le lieu et les fonctions ne s’y prêtent
pas.
26 juin 99, transfert de Yvan ; échanges de lettre, déclarations d’amour.
Juillet – Août 99, lettres quotidiennes, projets communs et grande
tristesse. Yvan doit être expulsé vers son pays d’origine la Côte d’Ivoire,
le 1er septembre. Jeanne ne part donc pas en vacances ; elle téléphone,
écrit, se rend dans des associations, consulte des avocats, sollicite
des personnalités politiques. Elle parcourt des kilomètres, paie des
avocats, trouve un contrat de travail pour Yvan, lui envoie de l’argent
pour améliorer sa détention (il faut dire que la famille et les « amis »
de Yvan brillent par leur absence). Cela lui prend beaucoup de temps
et l’oblige à abandonner un poste de travail qui lui était rémunéré
4.000 F par mois.
30 août. Seul et unique parloir ! Bonheur immense et partagé pendant
2 heures ; elle a aussi la joie de lui faire savoir que ses démarches
ont abouti et qu’il y a de fortes chances pour qu’il sorte libre le
surlendemain. 1er septembre. Lui dedans, elle dehors attendent de 7h
à 12h. Yvan sort libre. Arrivé à la maison, notre maison, accueil ému,
chaleureux des voisins et enfants de Jeanne, qui ont été témoins de
ses 2 mois de marathon. Anne est épuisée, fauchée et la plus heureuse
des femmes ; coup de téléphone à Abidjan pour partager le bonheur ;
Yvan est épuisé, et le plus heureux des hommes. La famille se met à
l’heure africaine. Jeanne apprend à cuisiner, se met au Baoulé, cherche
à se rapprocher le plus possible de la culture de son homme, qu’elle
aime tant. Il est question de passer Noël ensemble en Côte d’Ivoire,
bonheur…
4 septembre. Yvan a besoin et envie de se rendre dans différentes villes
de France, pour régler des affaires restées en suspens, revoir des amis.
Jeanne l’y encourage, comment priver de quoi que ce soit un homme qui
vient de passer 8 mois et demi en prison, quand on a une vie d’amour
devant soi !
Du 1er septembre au 4 décembre Yvan passera 21 jours à la « maison » !
Le 14 septembre, il aura rencontré une autre femme, Fatim, à Marseille.
Jeanne l’apprendra début novembre, par cette même femme, qui lui téléphonera
régulièrement pour lui faire savoir à quel point Yvan lui est attaché !
Des appels anonymes arriveront toutes les nuits, dans le même sens et
il n’y a pas si longtemps encore. Entre temps, pendant les courts séjours
de Yvan à la maison, Jeanne lui aura à sa demande acheté un téléphone
portable (pour qu’elle puisse le joindre !) . Elle aura fait pour lui
un emprunt de 45.000 F à la banque, pour qu’il puisse reprendre son
commerce de voitures (?). Elle aura payé les nombreux billets de trains
nécessaires aux déplacements. La note de téléphone fixe arrive : 10.000F ;
facture détaillée ; Jeanne s’aperçoit que lorsqu’elle était au travail,
Yvan téléphonait à Fatim et à Abidjan. Jeanne et Yvan ont fait une déclaration
officielle de concubinage, pour appuyer le dossier de régularisation
et surtout, par amour…
Entre le 21 octobre et le 4 décembre, Yvan téléphonera à quelques reprises ,
annonçant son retour ( ?), ou, selon les jours, insultant Jeanne, lui
raccrochant au nez… Il vit royalement, sort en boîtes, voyage. Jeanne
est interdite bancaire, ne peut pas acheter à son fils le manteau qui
lui fait besoin, il n’y a plus de chauffage à la maison. Yvan coupe
le téléphone portable, vient passer une heure à Strasbourg pour dire
à Jeanne qu’il lui faut du temps, qu’il est mal dans sa peau… Jeanne
apprendra plus tard qu’il avait eu ce jour là, la délicatesse de venir
accompagné de Fatim, pour qu’elle entende ce qu’il avait à dire !!!
Jeanne survit : elle a été trompée, humiliée, bafouée, volée ; elle
maintient de Yvan l’image que ses amis de Strasbourg ont brièvement
connu, elle ment : « il ne peut pas rentrer à cause d’ennuis de papiers,
il a été reconduit à la frontière, etc.) Les enfants sont désolés (« c’est
trop injuste pour vous, qui vous aimez tant !) ; ils ne savent pas encore
que cette année, ils n’auront ni chauffage,ni cadeaux de Noël… Yvan
reçoit ses papiers, il va avoir un permis de 1 an renouvelable ! Jeanne
ne fait pas usage du fait qu’elle est détentrice de ces papiers…
Le 9 décembre, Jeanne apprend, par un appel anonyme que Yvan vient
d’ouvrir un restaurant, à Marseille avec Fatim. L’emprunt de Jeanne
a été bien utilisé, et tout le monde le sait à Marseille, où Yvan parle
de Jeanne comme sa « tutrice » ?!
Le 16 décembre, Yvan se justifie, dit qu’il s’est trompé, qu’il va
s’installer à Strasbourg, que tout va rentrer dans l’ordre. Il demande
pardon sur « la tête de sa propre mère ». Il doit partir à Abidjan pour
passer Noël avec sa mère et souhaite passer le premier de l’an avec
Jeanne et les enfants ; Jeanne lui avance l’argent de son billet. Elle
est prête à pardonner (« la prison perturbe et peut conduire à une période
d’errances »).
Le 30 décembre, Yvan ne rentre pas et ne téléphone pas. Entre temps,
Jeanne apprend, parce qu’elle fait l’objet de menaces, que Yvan a volé
à au moins 5 personnes (des frères de couleur), des sommes allant de
8.000 F à 25.000 F, en leur promettant des papiers de régularisation.
Elle constate que Yvan lui a volé un chéquier, et a fait pour 18.000 F
de chèques, qu’il lui a volé son passeport… »
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