Francis WODIE (PIT - Côte d'Ivoire) en tournée en France "Il faut appliquer les accords de Marcoussis"
Lyon (France)
Samedi 24 mai 2003
La communauté africaine et plus précisément
ivoirienne de Lyon ne s’est pas aventurée à s’y méprendre en
répondant présent à l’appel de la délégation du PIT de la région
Rhône Alpes pour rencontrer un des acteurs de la vie politique
en Côte d’Ivoire. Ministre dans le gouvernement Duncan sous
le règne du président Bédié et cela avant le coup d’état survenu
en décembre 1999, le Pr Wodié est venu expliquer dans un style
qui lui sied bien les différents accords signés en vue d’un
retour à une vie plus paisible dans son pays. En effet, l’une
des figures emblématiques de la politique ivoirienne au lendemain
de la sortie de la clandestinité en avril 90, ce tribun au discours
policé emprunt de justesse se présente comme la seule alternative
pour ramener définitivement la paix, la cohésion et le progrès
en Côte d’Ivoire. Si le milieu intellectuel et bien pensant
se satisfait à l’écouter et à se délecter de ses paroles, le
quidam des faubourgs d’Abidjan ne se retrouve pas encore des
ses beaux discours de sa chaire des grands amphithéâtres de
la faculté de droit de Cocody. Ce samedi 24 mai 2003 il a une
fois encore été à la mesure de sa réputation de Rhéteur patenté.
Une équipe de notre magazine l’a rencontré pour en savoir un
peu plus sur les points d’achoppement de la grave crise que
vit la Côte d’Ivoire.
Pourriez vous nous parler de votre
formation le PIT que beaucoup ne connaissent pas bien encore ?
Le PIT est né le 8 avril 1990 au sortir
de la clandestinité . Dans cette même année, après des discussions,
nous avons retenu le nom du PIT (Parti Ivoirien des Travailleurs),
cela pour valoriser le travail dans un contexte où l’argent
était devenu la valeur suprême. C’est par le travail que tout
se fait, l’argent n’est rien sans le travail. Lui seul peut
apporter l’argent. Nous entendons par travailleurs une idée
très large : ceux qui ont déjà travaillé, ceux qui travaillent
et ceux qui vont travailler. C’est donc la raison du PIT. C’est
un parti de masse. On nous a fait le reproche d’être des intellectuels
...mais heureusement qu’il y a des intellectuels pour penser
et proposer.
Qui étaient au fondement de votre
parti ?
Notre parti se définissait au départ
comme un parti communiste marxiste léniniste. Parmi ceux qui
étaient là certains se présentaient comme des trotskistes, des
communistes, d’autres du parti socialiste et même d’autres encore
du RPR donc vous voyez que nous sommes bien un parti de masse.
Quel rôle joue le PIT par rapport
à la situation des salariés en Côte d’Ivoire ? Après les événements
qu’a- t-il été organisé pour aider les salariés en situation
délicate ?
Nous avons une difficulté au PIT, nous
n’avons pas encore réussi à nous faire comprendre. Notre nom
donne souvent lieu à des malentendus. Il y a des gens qui viennent
nous dire, vous êtes le parti des travailleurs, je n’ai pas
de boulot alors il faut m’en trouver un. Notre attitude est
technique, nous cherchons à créer les conditions pour élargir
la marge du travail mais nous n’en donnons pas.
Les problèmes ivoiriens ne sont pas
venus des accords de Linas – Marcoussis, mais avec toutes les
manifestations après ces dispositions signées on s’interroge
sur leur bien fondé, alors vous qui avez participé aux travaux
de cette table ronde, pourriez-vous nous dire ce qui vous y
a amené et si les bords de la lagune ébrié n’étaient pas assez
froids pour prendre ces décisions ? Les africains sont-ils incapables
de décider de leur destin ?
Nous ne pouvions pas régler nos problèmes
en Côte d’Ivoire. Si cela avait été possible nous l’aurions
fait en posant clairement les conditions de la paix. C’est à
cela que nous travaillons, malheureusement, nous constatons
que toutes les formations ne jouent pas ce jeu- là ; nous constatons
aussi qu’il y a un double jeu...
Du président Gbagbo, du FPI, du PDCI,
du RDR, des rebelles ? Du PIT ?
(rires) bon, je voudrais m’abstenir de
désigner des personnes. Je parle de la situation générale.
Dans vos différentes déclarations
vous avez souvent parlé de concessions de part et d’autre lorsqu’on
arrive à une table de discussion, alors est-ce que la seule
façon d’arriver à une réconciliation est de passer d’impunité
en impunité ?
Pas d’impunité parce qu’il est clairement
indiqué qu’on ne peut sanctionner que ceux qu’on a réussi à
désigner comme principaux responsables et même coupables. Il
va falloir que les enquêtes s’ouvrent pour établir les responsabilités
au plus vite.
Le PIT n’est pas très connu, c’est
maintenant que nous le découvrons..., c’est bien de passer à
la télé mais quelles sont vos actions concrètes sur le terrain ?
(Rires) Il faut venir au PIT. Nous avons
des messages forts. Le travail se fait sérieusement. Nous avons
besoin de vous les jeunes pour avancer et convaincre.
Comment voyez-vous la Côte d’Ivoire
d’ici 2005 ?
L’avenir de la Côte d’Ivoire dépend de
l’avenir du PIT. Je le dis sur un ton de la plaisanterie mais
je le dis parce que les partis qui existent sur des bases régionalistes
et tribales sont condamnés, ces faiblesses pourront améliorer
notre position et nous renforcer dans les rapports que les ivoiriens
demandent pour le développement.
Revenons aux accords de Linas-Marcoussis,
ont-ils vraiment de l’avenir ? Oui mais il faut les expliquer
à nos bases pour arriver à leur application. Le discours que
vous tenez est politiquement correct, vos prises de position
sont certainement nettes mais finalement vous vous gardez de
ne blesser personne et c’est tellement policé que cela nous
change de l’homme politique africain en général. Vous avez puisé
la quintessence de la politique occidentale. Il y a dans vos
réponses le respect de l’autre. Mais le fait de demander à vos
partisans d’aller dans le sens de Marcoussis ne bat-il pas en
brèches toute la satisfaction qui fut la votre et celle de bien
d’autres qui ont salué avec la plus grande satisfaction l’adoption
de la constitution actuelle ? Est-ce que vous ne vous reniez
pas ainsi ? ou bien vous avez changé depuis 2000 ?
Vous avez dit que le discours est tellement
correct que je m’attendais à des félicitations et à une note
de 17/20 mais cela devient un reproche finalement et vous me
retirez une dizaine de points alors je risque de ne pas avoir
la moyenne. Nous disons chez nous que parler est donné à tout
le monde et la langue sert à terme à la situation. Nous pensons
que nous devons tous jouer le jeu.
Pour finir et avant votre mot de la
fin, pourriez –vous nous dire la position du PIT sur l’ivoirité ?
Sur le plan de l’identité de chaque peuple,
aucune. Cela ne veut pas dire que l’ivoirité doit exclure certains
ivoiriens, elle cesserait d’être l’ivoirité,donc l’ivoirité
a vocation de rassembleur puisqu’on est différent on peut échanger
et cette question colle aux lois de la biologie.
Un Sénégalais, un Malien ou un Nigérian
qui naît en Côte d’Ivoire peut-il se réclamer de l’ivoirité ?
Il entre dans l’ivoirité s’il veut y
entrer. Aujourd’hui nous avons des burkinabés qui sont nés en
Côte d’Ivoire, quand ils vont au Burkina on dit qu’ils ne sont
pas burkinabé, ils sont ivoiriens parce qu’ils pensent ivoirien.
Ils peuvent intégrer la communauté ivoirienne, à eux de décider.
Des problèmes que nous réglons au niveau des individus et des
états par le jeu de la naturalisation. L’intégration régionale
est importante et souhaitable.
Interview réalisée par Amy DIABY,
Corinne LOUA et Joachim GOBA
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